Vers un nouvel art de bâtir - nos villes vont cesser d’être le bras armé d’une vieille doctrine totalitaire : celle du robot-ogre, normalisé et globalisé, dont la beauté de brute ne s’exprime qu’en formatant ses habitants et en violant les paysages. Elles vont se différencier peu à peu comme autant de concrétions naturelles où s’accumuleront ingénieusement les ressources locales, les cultures, les désirs et savoir-faire.

"VV" - un blog pour imaginer cette mutation, partager nos expériences, discuter, se rencontrer, proposer...

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27 juil. 2012

mur en terre

dessin A.S.


Oublions les catalogues de Batimat, et surfons plutôt sur Wikipedia, à la rubrique pisé. Terre, pisé, bauge, les matériaux de demain seront seront certainement ceux d'hier, oubliés depuis l'expansion industrielle et redécouverts grâce à l'hypermémoire d'internet. Ils ne seront pas pour autant "regressifs". Le pisé est un très bel exemple : solide, économique, facile à mettre en oeuvre, avec d'excellentes propriétés pour isoler. Une matière qui peut se trouver sur le lieu même de la construction, sans le moindre déplacement. Aucune énergie grise.

Inutile pour autant de s'acharner à revenir vers la méthode traditionnelle : à chacun de voir comment optimiser son usage, utiliser des méthodes mécaniques, des coffrages en acier (de toute façon, ils existent), pourquoi pas une charpente en béton pour monter de nombreux étages. A chacun de regarder le paysage alentour, d'ajouter diverses roches et terres, de cuire quelques briques, de s'inspirer des formes et des couleurs. A voir : www.lesgrandsateliers.org/

3 juil. 2012

dessin revival

dessin A.S.

Grâce à Internet, la pratique du croquis « à main levée » est devenue une aventure artistique collective. Les blogs se multiplient et chacun peut confronter son travail à ceux des dessinateurs avec lesquels il se sent des affinités. En 2008, un artiste espagnol, installé à Seattle aux USA : Gabriel Campanario fonde le site, urbansketchers, avec pour objectif de publier gratuitement des croquis urbains de qualité pris sur le vif. Succès planétaire. Une communauté informelle riche de près de cinq mille membres s’est peu à peu constituée autour de ce site. On ne compte plus les balades, carnet de croquis en main, qui se sont déroulées sous ses auspices à Singapour, en Argentine, à Barcelone, en Australie, à Moscou… Un livre à été publié regroupant un florilège de croquis. Des rencontres sont organisés, à Lisbonne, Saint Domingue....

Des dessinateurs travaillent de plus en plus souvent ensemble, confrontent leurs façons de faire, se stimulent. Tous les styles se côtoient dans une belle fraternité, et l’on y découvre les villes du monde avec une fraicheur et une acuité que le flot d’images photographiques avait complètement émoussé. Alors que les grands dinosaures de l’art contemporain comme Jeff Koontz ou Daniel Buren broutent toujours les steppes désolées de l’espace médiatique officiel, de petits mammifères se sont mis au travail. Plus vulnérables, ils ont aussi plus de cervelle. Grâce aux réseaux de savoir-faire et de reconnaissances mutuelles qu’ils tissent entre eux, les regards s’affinent. On observe les édifices avec plus d’attention, on les aime, on les critique. Et forcément, ils vont se distinguer les uns des autre, s’embellir… Les villes vernaculaires seront bientôt là. Pour hâter leur venue, il faut les dessiner et mettre sur la toile les dessins qu’on en fait.

1 juil. 2012

machine humaniste

dessin A.S.

La machine et l’homme : le sujet semble toujours épuisé. Il faut sans doute réviser ses classiques avant d’en reparler, relire William Morris, Isaac Asimov… ou plonger plus profondément pour détricoter le combat intemporel entre créateur et créature. Ne perdons pas de temps ! La vieille mécanique d’acier et de rouages n’existe plus. Le perfectionnement est si fin que nos machines atteignent déjà une dimension moléculaire. Elles prolongent avec fluidité chaque geste et chaque pensée (qui ne va pas sur internet chercher un mot, une technique, un objet). La machine méphistophélique qui nous dépasse et s’impose avec une lourde rigueur de forme et pensée (simple ou complexe) n’a plus sens.

La machine de demain sera un emballage translucide, aussi économe en énergie qu’en matière. Elle n’imposera rien et ne fera qu'aider à nous accomplir dans une proximité corporelle quotidienne. Elle sera l’intelligence collective à portée de main, celle qui vous accompagne "naturellement". L’architecte sera là, avec tel paysage autour, telles plantes, tels animaux, tels usages, et il pourra imaginer avec une liberté inédite comment travailler : dans la dépense ou l’économie, seul ou à plusieurs. Il sera finalement plus libre que jamais et, bienheureusement, il aura jeté depuis longtemps ses catalogues et revues "techniques" pour redécouvrir avec bonheur la préciosité des liens qu'il faut tisser entre humains !
P.G.
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21 juin 2012

perspective facile

Comment le mode de représentation influe sur le projet d’architecture ? Comment met-il en valeur certaines dispositions spatiales et efface au contraire certaines particularités. Aujourd’hui où personne ne construit plus une perspective, on ne projette plus de places baroques, charpentées de géométries régulières, ni de perspectives Haussmanniennes. L’ordinateur peut représenter n’importe quelle disposition y compris aléatoire et irrégulière, et pour tirer profit de cette nouvelle possibilité technique, on construit des projets délibérément irréguliers et apparemment aléatoires (puisque notre esprit de promeneur ne peut s’en représenter la logique).

En externalisant la représentation, d’une certaine manière, on externalise le projet. Ce n’est pas une conception née de notre cerveau qui se réalise, c’est un possible, exploré par ordinateur (puisque notre pensée ne peut s’en faire l’image) qui est choisi parmi des milliers de possibles représentables en un clic.

Quelle est l’étape suivante puisque, si on suit Hegel, il devrait y avoir une sorte de dépassement de la dernière étape par dialectique en se servant des étapes précédentes ? Comment se servir de l’outil informatique non pas comme explorateur de solutions aléatoires, mais plutôt comme outil de modelage du complexe et multiple existant ?

15 juin 2012

chapiteau

Pour contrarier un a priori moderniste, nous pouvons affirmer que le chapiteau est un "ornement rationnel" : si nous considérons la forme tubulaire comme la plus économe pour dresser une verticale (en pierre, métal, béton et toute matière pouvant travailler principalement en compression) et la poutre comme forme optimale supportant le plancher (travaillant surtout en flexion), alors il faut en déduire l'existence d'un plan de contact entre le sommet du "tube" et la "poutre".

C'est une surface de discontinuité, un "assemblage", où l'on passe du cercle au carré. Il n'y a donc pas mille solutions, soit nous laissons un ornement-par-défaut en conservant cette discontinuité apparente - ce qui favorise l'usure le long des bords de la colonne -, soit nous en profitons pour créer un élément de liaison : le "chapiteau" de nos anciens, celui qui coiffe le fût de la colonne en la protégeant du jeu structurel, de toutes les contraintes mécaniques qui s'amplifient ici en flexion, compression, traction, cisaillement, torsion, et tout ce que vous voudrez ! Alors : on fait confiance aux anciens, au cumul des expériences, ou on cherche à appliquer la RDM (cf. grenoble.archi.fr) ? Imaginons sur un assemblage, à chacun de choisir...