Voici une alerte envoyée par H.L. pour signaler que l'architecture du Mouvement moderne est elle-même victime des doctrines amnésiques contemporaines et de la laideur ordinaire de nos promoteurs :
En passant devant l'armée du salut, je me suis pris à faire le tour du chantier en cours, puis à essayer d'en savoir plus sur le projet (François Chatillon, Architecte en Chef des Monuments Historiques, est supposé en assurer la caution patrimoniale).
A l'intérieur du bâtiment de Corbu, au premier abord, pas de vrai diagnostic / archéologie du bâti des éléments originaux en place, et un programme de mise aux normes brutale avec un budget trop restreint pour un bâtiment de cette importance. Passons.
Mais le plus inquiétant porte sur l'annexe de Candilis, conçue et construite en 75-78, non protégée. Le mur rideau est purement et simplement remplacé par une façade de type promotion immobilière (voir photo du chantier et du panneau de chantier)...
Comment un ACMH a-t-il pu accepter de co-signer un tel projet ? Comment l'ABF a-t-il pu donner son accord à ce projet directement attenant à un bâtiment inscrit, dont il constitue l'extension ? Comment la ville peut-t-elle se vanter de suventionner un projet dont la commission du vieux Paris a demandé à au moins deux reprises de revoir l'esprit (voeux en PJ) ? Comment la fondation le Corbusier, qui est entrée dans des guerres pichrocolines à propos du finalement bien inoffensif projet de Renzo Piano à Ronchamp peut-elle se satisfaire du sort donné à une oeuvre-hommage d'un des plus fidèles fils spirituel du "maître" ? A ma connaissance, Docomomo ne s'est pas saisi du sujet ?
Restera-t-il bientôt un bâtiment de Candilis en France qui ne soit pas démoli ou dénaturé ?
Ne faudrait-il pas faire quelque chose ? Mais peut-être certains de vous en savent-ils plus que moi sur ce projet qui n'a finalement fait que bien peu parler de lui ?
N'hésitez pas à diffuser l'information.
Vers un nouvel art de bâtir - nos villes vont cesser d’être le bras armé d’une vieille doctrine totalitaire : celle du robot-ogre, normalisé et globalisé, dont la beauté de brute ne s’exprime qu’en formatant ses habitants et en violant les paysages. Elles vont se différencier peu à peu comme autant de concrétions naturelles où s’accumuleront ingénieusement les ressources locales, les cultures, les désirs et savoir-faire.
"VV" - un blog pour imaginer cette mutation, partager nos expériences, discuter, se rencontrer, proposer...
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13 sept. 2012
11 sept. 2012
rues vivantes
Driss place Salengro, dessin A.S.
Architecte, urbaniste et grand amateur de jardins, Nicolas Soulier est un militant têtu et modeste des villes vernaculaires. Pendant trente ans il va observer avec attention les rues des agglomérations urbaines en France et dans nombre d’autres pays pour comprendre ce qui peut les rendre conviviales et agréables à parcourir, ou à rebours, anonymes et glaçantes. Fort de cette longue enquête et de son travail d’urbaniste de terrain, il fait un certain nombre de propositions pour éliminer les processus de "stérilisation" qui peuvent être le fait de règlements d’urbanisme ou de copropriété, mais aussi de la place excessive accordée aux voitures – "nous sommes chez elles, pas chez nous" – et il plaide pour promouvoir en retour des processus de "fertilisation" qui suscitent les initiatives et interventions des riverains. Il propose de passer du code de la route au "code de la rue", en limitant les vitesses à trente kilomètre heure, en encourageant l’usage du vélo, et en incitant les habitants à s’approprier et à aménager les "frontages". C’est ainsi qu’il désigne l’interface entre l’espace public et l’espace privée de l’habitation.
Il pense que la ville est vivante et qu’il faut apprendre à la cultiver en gérant les conflits d’usage entre ses habitants comme le jardinier les conflits possibles entre les différentes espèces qu’il a planté. Reconquérir les rues*, le livre, très illustré, qu’il a tiré de ses observations et expériences, est tout à la fois simple et lumineux. Si l’on veut que nos tristes urbanisations deviennent plus vivables, Il faut faire en sorte qu’il soit consulté de toute urgence par les architectes, les étudiants en architecture, mais aussi par les responsables des politiques urbaines, les aménageurs, les promoteurs…
7 sept. 2012
happy bungalow
dessin A.S.
Les contreforts des Pyrénées tombent abruptement dans la mer. Une crique couronnée de pins. L’eau est limpide, le ciel est bleu. Les baigneuses ont volontiers les seins nus. Leurs compagnons font gentiment la vaisselle dans les bassines en plastique référencées sur l’état des lieux de chaque bungalow. Un restaurant est agréablement aménagé en hémicycle autour d’une place, de quelques arbres et d’une estrade où j’ai dessiné hier soir Jordan et Henri venus de la lointaine Germanie nous jouer un air de jazz. Ils ont été suivis par un trisomique et sa famille qui ont poussé joyeusement leur petite romance. On entend parler polonais, espagnol, français, allemand… Les tentes utilisent des textiles innovants et des montants cintrés en fibres de carbone. Grosses voitures, caravanes impressionnantes, parasols made in Brazil, serviettes et maillots : l’économie est mondialisée. Les toilettes et douches sont propres. Pas d’incivilités à l’horizon, ni de chiens, ni de SDF. Les gérants du camping de Pola, près de Tossa de Mar, qui peut accueillir jusqu’à mille cinq cent personnes, veillent sur la tenue et la sécurité de leur instrument de travail. Un unijambiste sort de l’eau et rejoint, à cloche pied, sa fille de six ans. Un couple de vieux homosexuels se tient par la main.
On peut être comme on veut ici, à condition d’être sympa, ni trop riche, ni trop pauvre. Des gamins se faufilent en riant derrière des bouées de couleur. Le soir, les petites lucioles des tentes et bungalows illuminent de-ci, de-là, la sombre pinède sous le ciel étoilé. Bizarrement la promiscuité, qui est souvent mal vécue en temps ordinaire, est tolérée, voir recherchée. Des familles prennent leur repas au milieu d’une foule de gens et de voitures comme s’ils étaient sur une île déserte. On se passe d’eau courante, mais pas des instruments de la mobilité : véhicules, téléphones portables, bateaux gonflables, meubles pliables. C’est un remake du paradis des origines, pas romantique, ni vernaculaire, mais pratique et bien réel. Une façon d’investir un territoire tout en étant mobile, européen, et plutôt fraternel. Dans cette société sans classe (sinon la classe moyenne) on ne veut pas être plus chic que le voisin et la beauté, du coup, n’intéresse personne. La spiritualité non plus. Il n’y a ni chapelle ni lieu de prière. Le péché originel et la colère de Dieu sont de l’histoire ancienne.
5 sept. 2012
open communities
dessin A.S.
Souvenons-nous. Il y a deux mille ans, des hippies anarchistes arrivaient dans l’empire de Rome, voulant réduire le nombre de dieux à un, prétendant l’égalité, invoquant la multiplication des pains... Ils dirigeaient leurs pas vers les pauvres, les marginaux, les lépreux, les esclaves… Il y a quelque chose de cet ordre dans le voyage initiatique passionnant intitulé Sur les sentiers de l’utopie (édition Zones, 2011) d’Isabelle Fremeaux et de John Jordan, deux altermondialistes impliqués dans les camps climats. Le challenge est encore plus grand qu’en l’an zéro car il s’agit de se passer totalement d’une divinité et d’invoquer l’Anarchisme. Sur ce point s'ouvre une troisième piste pour nos villes vernaculaires : après l'habitat pré-industriel, les bidonvilles péri-industriels, arrive le do-it-yourself post-industriel... Très loin d'une balade en vélo dans Boboville ou du conseil en placement financier dans un écoquartier branché, il s’agit d’un carnet de route improbable, écrit et filmé dans une fourgonnette pendant un tour d’Europe reliant des lieux alternatifs sans religion ni gourou : les vieilles communautés hippies et les jeunes squats anarcho-punks, les premières fermes écolos autogérées et les derniers villages anars espagnols… Que sont-ils donc devenus ?
Ce livre-dvd est donc à lire impérativement pour le savoir. Nous y découvrons des expériences collectives qui ont parfois du recul et nous y voyons un style de vie construit comme l'exact-opposé du modèle capitaliste-consumériste, open communities vs. gated communities : ni dieu, ni maître, ni barrière, ni confort, ni sécurité, ni argent, ni conso, ni etc. On lâche du lest. Les auteur-e-s parviennent très bien à construire un fil conducteur dans leur étrange structure libertaire, montrant des méthodes pour décider et inventer une politique que nous découvrons "vernaculaire". Ils indiquent aussi certaines limites et finissent sur un appel vers un "Bauhaus pour le XXIe siècle". Merci pour ce souffle, les amis, c'est une excellente piste car il faut autant que possible mettre la lutte de côté et inventer-montrer la beauté, le bonheur, l'accomplissement... Multiplions les archipels ! L’architecture est peu abordée mais le texte insiste sur le D.I.Y. en tant qu'empirisme : on tente, on manque, on rate, on imite, on recommence, on se renseigne, on bricole, on s’accommode… Bien entendu, on n'y trouvera pas une ligne de conduite ou un récit d’architecture mais plutôt des aventures singulières qui tournent autour de hangars ruraux, dômes géodésiques, yourtes, baraques bricolées, cabanes forestières et maisons abandonnées. La construction s’arrête en général à des clous, des cordes et des empilements. La décoration se limite aux sculptures primitivistes, aux tags et aux affiches "style 68" sur fond de fockof, vivazapata et autres zobvolants... Tout un horizon culturel ! Mais n'en rions pas car ces rebelles sont bien moins ridicules que les victimes des gourous publicistes.
3 sept. 2012
racines et flux
L’univers des flux contemporains n'admet plus la moindre profondeur. Quand la vieille notion de racine est évoquée, c’est pour hurler contre un monstre conservateur, paternaliste, pour ne pas dire une doctrine nazi. Pourtant, tout à l’opposé, un autre cliché politique s'impose en résumant le monde des flux à la tyrannie d’un modèle ultralibéral et individualiste. A l’évidence, ces totalitarismes s’identifient dans une opposition terme-à-terme mais aujourd'hui nous subissons uniquement la dictature des flux globaux, où il n’est plus possible de poser les pieds sur terre, insensé de transmettre la moindre chose, inenvisageable de s’imprégner de l’endroit où nous vivons. Tout est réduit et normalisé pour circuler à travers le monde : chaque objet, chaque pensée, chaque individu peut parcourir le globe librement car les désirs et les modes de vie sont identiques et imposés à échelle globale. Notre logement devient un container sur gazon, notre langage est l’anglais, notre travail se résume à tapoter sur un clavier. La seule racine qui correspondrait à cette situation serait le stolon qui bondit, puise sa pitance là où il tombe, et rebondit aussitôt.
Faut-il donc faire l’autruche en plongeant la tête dans le sol pour y trouver une vraie racine ? Pas seulement, car nous risquons l’excès inverse d’une fausse-bonne-idée supposant qu'une chose serait vraie dans une authenticité mesurable à la profondeur de ses origines. Il n’est pas exagéré d’avoir peur car cette lourde doctrine s'inscrit déjà dans les normes paysagères, à l’intérieur des chartes environnementales émises par des administrations internationales - Europe ou Unesco… Elle s'applique déjà dans le règne végétal, en phytosociologie : un purisme des essences via des "habitats naturels" produits par les sols et les climats. Aujourd’hui, si une plante veut survivre à l’arrivée des paysagistes nouvellement formés, elle doit prouver que sa sève est pure, démontrer que sa présence sur ce sol est légitime et que ses racines s'enfoncent bien dans les profondeurs insondables du passé.
Fait étrange, la racine-pivot est une exception dans la nature, s’adaptant surtout à un sol fin, sableux voire mouvant ; à l’inverse, pour le jardinier, le stolon est une plaie, la diffusion non-maîtrisable d’une plante invasive apparaissant souvent sur des sols dégradés, pauvres ou instables. Flux-stolon ou racine-pivot sont finalement deux excès que nous pouvons comprendre comme les adaptations à notre monde en mouvement, instable et culturellement appauvri. La beauté véritable des racines, ni superficielles, ni ancrées sur un seul axe, nous la retrouverons après ces crises et ces illusions (moderne ou anti-modernes), quand le monde renouera avec lui-même, quand l’humain aura retrouvé sa place en son sein.
Faut-il donc faire l’autruche en plongeant la tête dans le sol pour y trouver une vraie racine ? Pas seulement, car nous risquons l’excès inverse d’une fausse-bonne-idée supposant qu'une chose serait vraie dans une authenticité mesurable à la profondeur de ses origines. Il n’est pas exagéré d’avoir peur car cette lourde doctrine s'inscrit déjà dans les normes paysagères, à l’intérieur des chartes environnementales émises par des administrations internationales - Europe ou Unesco… Elle s'applique déjà dans le règne végétal, en phytosociologie : un purisme des essences via des "habitats naturels" produits par les sols et les climats. Aujourd’hui, si une plante veut survivre à l’arrivée des paysagistes nouvellement formés, elle doit prouver que sa sève est pure, démontrer que sa présence sur ce sol est légitime et que ses racines s'enfoncent bien dans les profondeurs insondables du passé.
Fait étrange, la racine-pivot est une exception dans la nature, s’adaptant surtout à un sol fin, sableux voire mouvant ; à l’inverse, pour le jardinier, le stolon est une plaie, la diffusion non-maîtrisable d’une plante invasive apparaissant souvent sur des sols dégradés, pauvres ou instables. Flux-stolon ou racine-pivot sont finalement deux excès que nous pouvons comprendre comme les adaptations à notre monde en mouvement, instable et culturellement appauvri. La beauté véritable des racines, ni superficielles, ni ancrées sur un seul axe, nous la retrouverons après ces crises et ces illusions (moderne ou anti-modernes), quand le monde renouera avec lui-même, quand l’humain aura retrouvé sa place en son sein.
29 août 2012
moderne cardinal
Ce matin même, sur France Culture, les suites d’une dépêche AFP tombée hier : Pierre Cardin défend son projet à Venise. C’est le dernier Ovni du moment qui va atterrir sur la terre avec un coût exorbitant . Pierre Cardin parle de "Palais lumière", "ville verticale", "sculpture habitable", puis il ajoute : "Je veux offrir à Venise un grand jardin pour l'éternité. Je suis écologiste, le vert est ma couleur." Tant mieux, là nous ne pouvons qu’approuver, mais la modernité et l’écologie est-ce encore du Corbu Dubaïen ?
S’il est effectivement possible que la ville de demain soit verticale, faite de plateaux qui démultiplieront les surfaces utiles tout en limitant l’impact au sol, cette modernité ne s’imposera pas dans une tradition colonisatrice. L’écologie sera certainement économique et son coût au mètre carré plus proche de 100 que de 10.000$, alors imaginons plutôt ce que l’on peut bâtir à faible coût (et faible impact) avec 2 milliards : construisons une cité d’un demi-million d’habitants, pourquoi pas une ville flottante destinée à reloger la population de la ville - sans énergie grise. Là, ce serait utile, pour ce vieux souvenir urbain que pourrons visiter les futurs touristes, s’ils sont amateurs de plongée sous-marine. J’invite M. Cardin à y réfléchir, si ses propos sont honnêtes.
Plus dramatique, le défenseur du projet convoqué sur France Culture nous affirme que la Modernité est née à Venise, que la ville devrait donc défendre ce projet. La confusion règne. S’il faut considérer la modernité de Venise comme l’invention d’un mode de vie ou d’une architecture qui a influencé tout l’Occident, impossible de voir le lien avec la construction d’une nouvelle tour éconovore. La Renaissance italienne, avec un peu de culture, nous en percevons effectivement les traces partout autour de nous mais nous pouvons être certains que cette super-tour-évènement ne va jamais impacter le quotidien de quiconque à l’avenir ! Définissons donc une modernité cardinale.
S’il est effectivement possible que la ville de demain soit verticale, faite de plateaux qui démultiplieront les surfaces utiles tout en limitant l’impact au sol, cette modernité ne s’imposera pas dans une tradition colonisatrice. L’écologie sera certainement économique et son coût au mètre carré plus proche de 100 que de 10.000$, alors imaginons plutôt ce que l’on peut bâtir à faible coût (et faible impact) avec 2 milliards : construisons une cité d’un demi-million d’habitants, pourquoi pas une ville flottante destinée à reloger la population de la ville - sans énergie grise. Là, ce serait utile, pour ce vieux souvenir urbain que pourrons visiter les futurs touristes, s’ils sont amateurs de plongée sous-marine. J’invite M. Cardin à y réfléchir, si ses propos sont honnêtes.
Plus dramatique, le défenseur du projet convoqué sur France Culture nous affirme que la Modernité est née à Venise, que la ville devrait donc défendre ce projet. La confusion règne. S’il faut considérer la modernité de Venise comme l’invention d’un mode de vie ou d’une architecture qui a influencé tout l’Occident, impossible de voir le lien avec la construction d’une nouvelle tour éconovore. La Renaissance italienne, avec un peu de culture, nous en percevons effectivement les traces partout autour de nous mais nous pouvons être certains que cette super-tour-évènement ne va jamais impacter le quotidien de quiconque à l’avenir ! Définissons donc une modernité cardinale.
28 août 2012
ovni (déf.)
dessin A.S.
Ovni -. Objet voyant non-identifié, opposé à vernaculaire. Si vous regardez autour de vous, vous constaterez la multiplication des Ovnis, de ces objets singuliers et non-identifiés car il est impossible pour l'autochtone d’en connaitre l’usage. En architecture, l’Ovni peut servir de théâtre, musée, habitation, médiathèque, salle de sport, entreprise… Contrairement à son discret cousin venu de l’espace, il doit impérativement être vu et son existence est incontestable – même s’il partage avec ce dernier la brièveté de son apparition et la qualité de n’avoir aucun point commun avec l’endroit où il se pose. Il est d’autant plus mystérieux qu’il est né dans l’intelligence inaccessible du "starchitecte", ainsi nommé car son métier consiste à maintenir les liens entre la jetset et les sphères étoilées.
Les Ovnis ont leur propre histoire. La première génération adoptait simplement une forme phallique (les starchitectes du moment étant certainement de sexe mâle) puis elle s’est complexifiée en laissant croître des appendices de forme plus arrondie mais toujours d’une géométrie sans faille. Les derniers Ovnis observés semblent avoir des profils plus souples, ventrus et percés de trous organiques (laissant penser que le sexe femelle vient de faire son apparition). Ils s’assimilent désormais à du gruyère plus ou moins fondu. Nous attendons surtout avec impatience l’arrivée des bébés. A quand, le petit Golmolk ?
25 août 2012
vernaculaire (déf.)
dessin A.S.
Vernaculaire -. Attachement à un "pays", à un "site", proche de local, indigène, pittoresque, régionaliste, rustique, autochtone, traditionaliste, pauvre, domestique, commun, archaïque, grégaire… Dans English Vernacular Houses, en 1975, Eric Mercer va le définir ainsi : "Les bâtiments vernaculaires sont ceux qui appartiennent à un type communément répandu dans une zone donnée à une époque donnée". Mais cette définition paysagère et historique se trouve limitée au passé, et implicitement opposé au contemporain. Il faut une définition plus philosophique et prospective où s'expriment les notions de matières et de moyens de subsistances locaux (communaux*), de morales et de styles de vie indigènes (convivialité**). Proposons, par exemple : "lieu d'activité imaginé et élaboré à partir des communaux pour renforcer les liens conviviaux".
Un bâtiment vernaculaire s'exprimera donc dans des matières localement abondantes (matériau, énergie, main d’œuvre, culture, savoir-faire, "style", etc.) et optimise la qualité du site à travers une activité conviviale (allant de la construction à l'usage). C'est ainsi que le terme "vernaculaire" se situe hors des principes dictés par le Mouvement moderne et peut indirectement s'y opposer (en limitant l'automatisation, le transport, les logiques universelles). Il intègre implicitement certaines morales anciennes (beauté, bonheur) et contemporaines (écologie, diversité).
24 août 2012
pureté esthétique
Revenons à Campo Baeza (cf. v.m.lampugnani), ce parfait exemple de l’académisme actuel assez puritain (blancheur, géométrie parfaite, lavé de tout ornement, et de toute échelle humaine, et tourné sur lui-même) mais très photogénique. Il n’est qu’une preuve supplémentaire que les classes dirigeantes ont besoin d’académismes à suivre. Et c’est le succès de Baeza qui est agaçant plus que son œuvre. Je n’ai, il est vrai, jamais visité ses architectures, mais en revanche j’ai vu une maison de Loos, et j’ai pu constater que chaque pièce y était un bijou de savoir-faire artisanal (marqueteries de marbres, menuiseries savantes, plâtres délicats, fauteuils veloutés). Une continuation du luxe traditionnel par des moyens géométriques plus délibérément lisses. Par les dessins que j’avais vus auparavant, je n’avais pas du tout ressenti cette continuité dans la qualité. Le problème est le succès de Loos, car si on s’inspire de son esthétique avec dix fois moins d’argent, on est poussé à la simplification, et à la perte des savoir-faire.
Esthétique géométrique et industrialisation vont effectivement assez bien ensemble, sans que ce soit une fatalité. On peut tout aussi bien faire de l’ornement industrialisé (exemples en fonte ou terre cuite émaillée au XIXe), ou de la forme géométrique artisanale (Loos). Manifestement l’architecture classique a été plus fertile pour les constructions banales…Mais dans un système économique différent, où le travail était bon marché.
Le nouveau système économique, semble lié à une architecture aussi industrialisée que possible mais qui a perdu aussi bien la pureté géométrique que l’héritage classique. Restent des machines à habiter lumineuses, ronronnantes de VMC, emballées de polystyrène (mortel en cas d’incendie), aux cuisines tiroirisées (imbibées de formaldéhydes), aux cloisons sonores en carton-plâtre, aux menuiseries oscillo-battantes en PVC, aux douches « italiennes », bref dans la droite ligne de la maison du beau-frère de Mon oncle… Rassurons-nous, ce n’est qu’une part riche de la population mondiale qui se ridiculise dans cette grotesque orgie énergétique. Comme dans le film de Tati, il y a toujours des oncles qui persistent à habiter au sommet d’immeubles malpropres et alambiqués et à acheter leur poireau au marché de la place.
Esthétique géométrique et industrialisation vont effectivement assez bien ensemble, sans que ce soit une fatalité. On peut tout aussi bien faire de l’ornement industrialisé (exemples en fonte ou terre cuite émaillée au XIXe), ou de la forme géométrique artisanale (Loos). Manifestement l’architecture classique a été plus fertile pour les constructions banales…Mais dans un système économique différent, où le travail était bon marché.
Le nouveau système économique, semble lié à une architecture aussi industrialisée que possible mais qui a perdu aussi bien la pureté géométrique que l’héritage classique. Restent des machines à habiter lumineuses, ronronnantes de VMC, emballées de polystyrène (mortel en cas d’incendie), aux cuisines tiroirisées (imbibées de formaldéhydes), aux cloisons sonores en carton-plâtre, aux menuiseries oscillo-battantes en PVC, aux douches « italiennes », bref dans la droite ligne de la maison du beau-frère de Mon oncle… Rassurons-nous, ce n’est qu’une part riche de la population mondiale qui se ridiculise dans cette grotesque orgie énergétique. Comme dans le film de Tati, il y a toujours des oncles qui persistent à habiter au sommet d’immeubles malpropres et alambiqués et à acheter leur poireau au marché de la place.
23 août 2012
état et système
Dans plusieurs des articles de ce site, on lit une opposition sous-jacente au « capitalisme ». Nous devons préciser cette critique car notre point de vue esthétique ‑ bien qu’il soit absent des discours politiques ‑ a quelque chose à apporter au débat. L’architecture est dépendante du modèle économique qui lui est contemporain : on ne peut pas en faire abstraction. A la fois capitaliste et redistributeur, le système actuel est très contraignant et soumis à la double contrainte du « rendement » et de la « protection sociale ». Comment penser une nouvelle utopie sans mettre à bas ces deux absolus qui se justifient l’un par l’autre ?
Pourquoi indexer la protection sociale sur le temps de travail ? On imagine que les temps de travail par le passé étaient énormes. C’est vrai au XIXe siècle avec les débuts de l’industrie, mais avant ? Chacun habitant près de son travail, le trajet était évité. Aujourd’hui, qui va payer ce transport ? Le travailleur, par sa fatigue et son argent. En admettant deux heures de trajet par jour pour aller et revenir de son lieu de travail, cela fait dix heures par semaine de transport : plus d’une journée supplémentaire… En définitive l’Etat soutient ainsi l’industrie automobile, pétrolière, autoroutière, ferroviaire, etc… parce qu’il est plus aisé de continuer que de réfléchir à un monde où l'on circulerait moins, où le travail ne serait pas perçu comme une marchandise quantifiable mais comme une valeur culturelle que chacun se doit d’apporter à la collectivité.
L’habitat vernaculaire que l’on peut redécouvrir dans les régions rurales ou dans les bidonvilles, est indépendant du système économique contrôlé par l’Etat : l’un est en marge de l’industrie et réalisée par des artisans sans protection sociale suivant un modèle hérité ; l’autre vit des déchets industriels, les recyclent, les agglomèrent, utilisant la tôle ou les bâches plastiques comme certaines cultures se servent de tissages d’osiers ou de roseaux. Si elle ne touche pas au monde agricole, l’industrie peut finalement se dissoudre dans les cultures locales. Ce serait donc l’Etat, par ses règlements d’urbanisme arbitraires, sa protection sociale fondée sur le temps de travail, ses règlement d’hygiène et de sécurité, ses législations sur les appels d’offre, ses choix d’aménagement du territoire, qui oriente la création plus sûrement que l’industrie…
Nous allons très loin dans le raisonnement en admettant que le système capitaliste pèse ainsi sur les choix des Etats et n’est donc pas réductible à l’industrialisation. Détestable par bien des aspects, l’état-système est de plus en plus financiarisé, il lisse la culture des peuples et tente de s’approprier le vivant… Si l’on suit ses règles (charges sociales et règlements d’urbanismes principalement), on ne peut pas réaliser d’architecture vernaculaire…
Pourquoi indexer la protection sociale sur le temps de travail ? On imagine que les temps de travail par le passé étaient énormes. C’est vrai au XIXe siècle avec les débuts de l’industrie, mais avant ? Chacun habitant près de son travail, le trajet était évité. Aujourd’hui, qui va payer ce transport ? Le travailleur, par sa fatigue et son argent. En admettant deux heures de trajet par jour pour aller et revenir de son lieu de travail, cela fait dix heures par semaine de transport : plus d’une journée supplémentaire… En définitive l’Etat soutient ainsi l’industrie automobile, pétrolière, autoroutière, ferroviaire, etc… parce qu’il est plus aisé de continuer que de réfléchir à un monde où l'on circulerait moins, où le travail ne serait pas perçu comme une marchandise quantifiable mais comme une valeur culturelle que chacun se doit d’apporter à la collectivité.
L’habitat vernaculaire que l’on peut redécouvrir dans les régions rurales ou dans les bidonvilles, est indépendant du système économique contrôlé par l’Etat : l’un est en marge de l’industrie et réalisée par des artisans sans protection sociale suivant un modèle hérité ; l’autre vit des déchets industriels, les recyclent, les agglomèrent, utilisant la tôle ou les bâches plastiques comme certaines cultures se servent de tissages d’osiers ou de roseaux. Si elle ne touche pas au monde agricole, l’industrie peut finalement se dissoudre dans les cultures locales. Ce serait donc l’Etat, par ses règlements d’urbanisme arbitraires, sa protection sociale fondée sur le temps de travail, ses règlement d’hygiène et de sécurité, ses législations sur les appels d’offre, ses choix d’aménagement du territoire, qui oriente la création plus sûrement que l’industrie…
Nous allons très loin dans le raisonnement en admettant que le système capitaliste pèse ainsi sur les choix des Etats et n’est donc pas réductible à l’industrialisation. Détestable par bien des aspects, l’état-système est de plus en plus financiarisé, il lisse la culture des peuples et tente de s’approprier le vivant… Si l’on suit ses règles (charges sociales et règlements d’urbanismes principalement), on ne peut pas réaliser d’architecture vernaculaire…
20 août 2012
Illichville
dessin A.S.
Plutôt qu’un agenda 21 et un Grenelle de l’environnement qui s’achèvent en jus de boudin, assumons pleinement l’utopie – il faut y penser avant de se croire capable de l’appliquer. Voici un texte résumant la dernière ville utopique à peu près sérieuse : Illichville, exemple pris sur Wikipedia, traduit et adapté par un militant du vélo urbain Marcel Robert (carfree) :
Au cours de l’histoire de l’urbanisme, les utopies urbaines ou villes idéales ont été nombreuses, depuis les projets des socialistes français dits “utopiques” au 19ème siècle (Saint-Simon, Cabet, Fourrier, Considérant) jusqu’aux théoriciens anglo-saxons (Owen, Henry George, Ruskin, Morris, etc.). Tous avaient pour socle commun le refus de la dégradation urbaine liée à l’industrialisation, la pollution et la pauvreté endémique engendrées par la révolution industrielle. Parmi ces “villes idéales”, on trouve le meilleur (les cités-jardins, les doctrines hygiénistes ou solidaires, etc.) et le pire (les aspects militaristes ou même sectaires de certaines communautés).
La plupart de ces projets urbains ont été imaginés avant l’avènement de l’automobile; ils ne se conçoivent donc pas en opposition avec elle mais cherchent à proposer un nouveau modèle de ville, en général plus proche de la nature et caractérisé par ce que l’on peut appeler une certaine forme de “désurbanisation”. Certains projets prévoient malgré tout la séparation des circulations, telle l’Icarie de Cabet qui interdit la circulation des carrioles et des chevaux à l’intérieur de la cité. Beaucoup de ces projets urbains ne sont restés que des utopies urbaines, mais certaines villes idéales ont été quand même réalisées, particulièrement aux Etats-Unis à la fin du 19ème et au début du 20ème siècle. La plupart de ces expériences urbanistiques sont restées malgré tout des échecs, mais elles ont eu une influence considérable sur de nombreux architectes et urbanistes du 20ème siècle.
17 août 2012
utopie now
L’Utopie est le symbole d’une modernité effrayante car le monde qui l’a vu naître, de Thomas More à William Morris, a été submergé par ce que l’on considère désormais comme son aboutissement dans l’horreur : le totalitarisme, l’univers d’Orwell. L’année 1945 marque ainsi la fin officielle des modèles utopiques interprétés comme l’application d’une abstraction à l’humanité. Mais utopie et totalitarisme sont-ils vraiment dans une relation de cause à effet ? La recherche d’un « modèle de société » depuis la Renaissance, est-elle bien celle qui a mis en place les tyrannies dévastatrices du fascisme ou du communisme ? N’est-ce pas plutôt un poncif ?
La preuve est maintenant sous nos yeux : la société post/hyper-industrielle contemporaine est aussi celle du lissage, du standard et de la surveillance. Pourtant, la destruction de la diversité ne s’y est pas imposée « par l’utopie », il n’y a même pas eu de violence apparente mais juste une obligation morale, inexprimée, déduite par défaut - ce qu'indique bien C.M.dans son article sur le futurisme. Le résultat est le même : un simple tour dans un super, hyper ou discount montre que les produits ont le même goût et la même provenance, parfois un étiquetage comparable à celui que l’on observait dans les boutiques soviétiques des années 1960. Certes, il n’y a ni problème d’achalandage, ni de queue interminable, mais les caddies vides sont de plus en plus nombreux. Il en est de même pour les logements : tous normalisés et de plus en plus inaccessibles ! Parlons de l'humain : si nous n’avons pas "épuré les races", nous avons tout de même "normalisé les comportements"…
La preuve est maintenant sous nos yeux : la société post/hyper-industrielle contemporaine est aussi celle du lissage, du standard et de la surveillance. Pourtant, la destruction de la diversité ne s’y est pas imposée « par l’utopie », il n’y a même pas eu de violence apparente mais juste une obligation morale, inexprimée, déduite par défaut - ce qu'indique bien C.M.dans son article sur le futurisme. Le résultat est le même : un simple tour dans un super, hyper ou discount montre que les produits ont le même goût et la même provenance, parfois un étiquetage comparable à celui que l’on observait dans les boutiques soviétiques des années 1960. Certes, il n’y a ni problème d’achalandage, ni de queue interminable, mais les caddies vides sont de plus en plus nombreux. Il en est de même pour les logements : tous normalisés et de plus en plus inaccessibles ! Parlons de l'humain : si nous n’avons pas "épuré les races", nous avons tout de même "normalisé les comportements"…
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